mardi 29 janvier 2008

Entretien avec Khadija Ryadi, présidente de l’AMDH : « Nous sommes les premières victimes de la détention politique »

Khadija Ryadi, présidente de l’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH), fait le point sur le nombre et les circonstances des détentions de nature politique au Maroc. Est-ce que vous pensez qu’il y a encore des détenus politiques au Maroc, surtout après le travail effectué par l’Instance Equité et Réconciliation ?
LES prisons marocaines abritent encore plusieurs détenus politiques et des détenus pour des raisons syndicales, sociales ou des détenus d’opinion. Je dois citer d’abord les huit détenus de l’AMDH encore en prison et qui sont connus par les détenus du 1er mai. Leur dossier est défendu par Amnesty International qui les considère comme des détenus d’opinion et demande leur libération immédiate sans condition. D’autres membres de l’AMDH avaient été arrêtés pour la même raison. Il s’agit de Mohamed Aâji qui a écopé d’une année. Sa durée de détention a pris fin en juin dernier, Mohamed Aâtaoui poursuivi en liberté provisoire et condamné en première instance à une année ferme de prison. Cette année a connu également de nouvelles poursuites et arrestations de citoyens accusés d’atteintes aux institutions sacrées. De même il y a eu de multiples arrestations parmi les ouvriers en raison de leur appartenance syndicale et ont été condamnés à de la prison ferme. Plusieurs autres arrestations ont eu lieu dans différents villes de certains citoyens à cause de la participation à des manifestions collectives de protestation pour dénoncer leur situation sociale. Parmi eux se trouvent trois membres de l’AMDH qui ont été détenus pendant quatre mois avant d’être libérés avec 39 autres détenus. Ils sont poursuivis maintenant en état de liberté provisoire suite aux évènements de Sefrou. C’est le cas aussi de plusieurs chômeurs appartenant à l’association des diplômés chômeurs au Maroc. Il y a également des élèves et des étudiants arrêtés lors de ces deux dernières années pour des raisons politiques ou syndicales. Certains d’entre eux sont toujours en prison. De même, l’année 2006 a connu des campagnes d’arrestations contre les islamistes en raison de leurs opinions ou de leur appartenance. En ce qui concerne les détenus de Salafia Jihadia, l’AMDH a toujours demandé de revoir leur procès, parce qu’ils ont été condamnés dans le cadre de procès inéquitables. Ainsi, jusqu’au 31 décembre 2006, l’AMDH a relevé, dans son dernier rapport annuel, l’existence de 46 détentions politiques au Maroc. Qui sont les plus anciens d’entre les détenus politiques ?
Parmi ces détenus se trouvent les deux plus anciens qui ont passé plus de 24 ans d’emprisonnement (NDLR : Ahmed Chahid et Ahmed Chaïb). Il y a un comité international constitué d’organisations et de personnalités parmi les défenseurs des droits de l’Homme demandant leur libération. Il y a aussi les deux détenus Jamal Zaim et Brahim Jalti, tous deux arrêtés pour avoir dénoncé la corruption dans le milieu militaire. Cela veut-il dire que le travail de l’IER n’a servi à rien et que le Maroc reprend les méthodes des années de plomb ?
En ce qui nous concerne, nous avons toujours critiqué l’IER, depuis sa formation. Et ce, parce que les attributions qui lui avaient été accordées se limitaient à traiter les dossiers de violations des droits de l’Homme jusqu’à 1999. Alors qu’après 1999 les violations graves des droits de l’Homme se sont poursuivies. Nous avons considéré 2002 comme l’année durant laquelle les autorités marocaines sont revenues aux pratiques portant des atteintes graves aux droits de l’Homme, tels que la torture, l’enlèvement, la séquestration dans des centres secrets de détention, la vengeance des familles des détenus... Nous avions donc demandé que l’IER traite toutes les violations graves des droits humains. Le comble c’est que jusqu’à aujourd’hui, la détention politique est encore à l’ordre du jour et nous en sommes les premières victimes. Pourtant, sur le plan international, le Maroc est donné comme exemple des pays en transition démocratique ?
C’est parce que l’Etat est parvenu à mettre en avant une bonne image en parlant des réformes juridiques, de la volonté de réforme politique, de l’édification de l’Etat de droit... Mais, les faits désavouent tout cela. C’est surtout au niveau des restrictions commises pour réprimer la presse que toutes les allégations du Maroc ont été démenties sur le plan international. Cela apparaît aussi au niveau de l’IER, parce que le monde constate que les recommandations de cette instance ne sont toujours pas mises en application. Aujourd’hui, les ONG internationales commencent à adresser des lettres aux pouvoirs publics marocains, rédigent des rapports... Où elles appellent le Maroc à respecter les droits humains. Que fait l’AMDH pour pousser vers la libération des détenus politiques ?
A l’occasion de chaque 10 décembre, nous réclamons la libération des détenus politiques. Mais, la détention de nos militants a été une occasion pour remettre le dossier de la détention politique au devant de la scène. Nous avons organisé dernièrement plusieurs réunions et débats sur le sujet. Nous préparons aussi une semaine d’action sur le sujet de la détention politique. La date sera fixée en fonction de la décision de la cour suprême qui se prononcera, fin janvier, sur le procès des détenus de Beni Mellal. Et cela sera fait en concertation avec différentes organisations, notamment avec celles auxquelles appartiennent les détenus politiques.
Brahim Mokhliss Mis en ligne le 28 janvier 2008

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